A la radio, un flash spécial. Il monte le son. Sa propre mort est annoncée. Le temps remonte alors ses aiguilles pour revenir sur une tranche de vie de l’histoire du rock américain, celle des Doors.
Après le délicieux Delirious, sorti en 2006, Tom DiCillo signe avec brio son premier documentaire. A l’origine du projet, des archives inédites des Doors. Filmées entre 1966 et 1970, elles stupéfient par leur éblouissante qualité ; ce qui n’a, bien sûr, pas manqué de sauter aux yeux des producteurs. A la recherche d’un concept en vue d’un long-métrage, ils rencontrent le réalisateur de Ça tourne à Manhattan. Dès le premier visionnage, le cinéaste voit se profiler un miroir où le reflet du groupe renvoie intrinsèquement à celui des États-Unis. Le parti est donc pris de tisser une toile où s’entremêlent les fils de ses deux histoires. Grand bien lui prit. En joignant le contexte politico-social de l’époque aux images des Doors, le film parvient à restituer une perception épurée des scories du passé. Adieu sombres mystères et obscures mythes qui sclérosent depuis bien trop longtemps la mémoire du groupe. Place enfin à la musique qui se suffit largement à elle-même pour exprimer la vérité nue des quatre membres de la formation. A l’heure où un certain monde musical sombre dans le marchandisage, Tom DiCillo vient à point nommé nous rappeler ce qu’est l’éthique rock : la liberté sans concession. When You're Strange